Ma conception du style baladi
On m’a posé une question par rapport à l’improvisation à propos d’un stage de baladi* que j’organise, le baladi étant la danse de l’improvisation par excellence.
Tout d’abord, et je ne m’étendrai pas la dessus, le baladi est cette musique reconnaissable entre toutes, où un saxophone (instrument très à la mode dans les années 70 en Egypte, au même titre que la guitare électrique) ou l’accordéon tisse un dialogue mélancolique avec la derbouka, et crée une sorte de blues à l’égyptienne. Elle personnifie l’exil de la population égyptienne des terres, al balad, de la campagne vers la ville, et se développe dans les faubourgs du Caire. Elle est conçue sur le même principe que la musique jazz, où à partir d’un thème musical (chanson populaire fameuse, en ce qui concerne le répertoire égyptien) les musiciens développent des envolées improvisées.
En fait le baladi est comme n’importe quelle danse traditionnelle, dans le sens où les autochtones dansent cette danse, et les hommes et les femmes se mettent spontanément en mouvement, dès qu’ils entendent la musique ou le rythme baladi. Il y a, par ailleurs, les danses de groupe, rituelles ou non, codifiées. Mais, ce n’est pas ce dont il est question, ici.
Et cela vaut pour tous les pays du monde arabe, si tant est la danse y est tolérée – mais c’est un autre sujet. De toute façon, quand la danse est tolérée, traditionnellement, les femmes dansent entre elles, tandis qu’il n’y pas de honte à ce qu’un homme esquisse quelques pas de tahtib sur une musique saîdi, avec ou sans bâton. En Egypte, lors des fêtes célébrées en plein air, on verra plus aisément des hommes se mettre à danser en public, que des femmes (moulid, .mariages). Généralement, quand une femme se lève pour une transe, dans un moulid, par exemple, elle mettra un foulard pour cacher son visage, en plus de celui qui lui couvre les cheveux.
. Tout mon travail de danse, depuis que j’ai commencé la danse orientale, vers 1986, consiste toujours en un seul et même principe : être dans du vivant, du ressenti, même si je ne le formulais pas, ou pas comme ça, en tout cas. J’aime voir un corps qui décrit des formes harmonieuses dans l’espace, mais je n’aime pas quand c’est trop propre ! J’aime voir une danseuse, en rythme, mais cela m’ennuie quand tout est mâché, et qu’il n’y a aucune surprise. J’aime quand l’énergie circule, et qu’en même temps la danse de la personne qui danse, nous parle d’elle.
Dans le baladi, pour moi, on n’a pas besoin de mouvements complexes, ou de réfléchir à moult variations de pas et de mouvements. Le plus important est d’avoir bien intégré le mouvement global de la danse orientale, ou de la danse du ventre, si vous préférez – une marocaine, ou une algérienne pourra très bien danser sur une musique égyptienne avec son propre mouvement, elle s’adaptera juste au sentiment que dégage la musique. C’est un mouvement qui n’empêche ni de marcher ou de rebondir, ou de tourner : il intègre l’espace. Donc l’isolation n’empêche pas un mouvement global d’avoir lieu. Sinon, c'est comme si on ne pouvait pas marcher et mâcher du chewing-gum, en même temps!...excusez l'élégance de l'image!
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C’est exactement comme le travail du chant. Si on aborde le chant par les chants traditionnels, on est avant tout dans l’expression de l’état d’âme, de l’émotion, et le point de départ, c’est soi, comment on exprime l’émotion, comment on ressent le chemin de la voix, du souffle dans son corps. Dans l’appréhension classique, technique, on va être dans l’idée d’une forme, et on part d’un modèle, d’une classification (soprano, mezzo, ténor, basse, baryton). C’est en train de changer, bien que beaucoup de personnes racontent leur besoin de chanter, mais peinent à se (re) trouver dans la façon habituelle d’aborder le chant.
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Donc pour résumer mon approche du baladi, tout le monde peut danser et s’exprimer sur cette musique. Bien-sûr, il y a la virtuosité de la professionnelle, mais si on intègre les éléments de base qui sont : le rythme, le code corporel lié au contexte culturel, le mouvement global, le rapport à l’espace, la recherche des sensations, ce que je me propose de transmettre lors d’un de mes stages thématiques. On peut, à ce moment-là, improviser et danser comme n’importe quel autochtone si, par chance, on est invité à un mariage, ou une soirée égyptienne, et c’est la première étape. Ce qui compte, c’est d’intégrer les principes de base.
C’est pour cela que dans mon approche, l’acquisition de la technique est avant tout subordonnée à la recherche de la sensation. C’est moins le résultat, que le chemin qui compte.
Et peut-être, et même sûrement, le résultat sera une forme parfaite, mais c’est parce qu’à la base le corps …est parfait.
...Mais là, c’est l’œuvre de notre créateur...
Saâdia Souyah
* DANSE HADRA présente un stage de danse baladi avec Saâdia Souyah les 17 et 18 avril 2010 www.saadia-souyah.over-blog.com



