Le webzine de la danse orientale

A propos de la formation... professionnelle en danse orientale

Une question a été posée au sujet de comment choisir une formation professionnelle dans le domaine de la danse orientale, sur un des forums de ce site. Tout d’abord, il faut savoir que « la danse orientale » n’est pas reconnue en tant que discipline artistique. Les raisons principales sont le faible niveau de pratique corporelle, d’inscription de cette danse dans l’espace, et surtout le manque d’enracinement dans un contexte culturel – qui donnerait « un corps » et un esprit à cette danse, bien que dans la tradition orientale les deux soient indissociables.

Et nous en sommes encore au stade où, ce que voient les gens, que ce soient les amateurs qui pratiquent la danse orientale, ou le public, ce sont les « prouesses » techniques et l’aspect extérieur (tremblements, isolation, costume, voire belle plastique), en somme l’aspect superficiel. Mais il y a tout de même une avancée, car en 25 ans de pratique, je constate que le niveau général a augmenté, et il y a de plus en plus de danseuses du modern jazz ou ayant pratiqué d’autres danses qui sont venues à la danse orientales.





Je me permettrais, cependant, une réserve : souvent dans l’apprentissage des amateurs ou des professionnelles, l’accent est mis sur l’aspect chorégraphique, encore une fois, un aspect superficiel de la danse.

Et les chorégraphes égyptiens sont ceux qui répandent le plus cette idée, influencés qu’ils sont, depuis toujours, par l’apport des chorégraphes occidentaux à la danse orientale. La danse résiderait dans la capacité à apprendre et reproduire une chorégraphie, et l’aspect esthétique, l’image reproduite du mouvement est mise en avant.


 


On oublie que la danse «ballet» à la mode américaine, façon comédie musicale dans les films égyptiens depuis les années 40, ou dans les cabarets par les chorégraphes égyptiens les plus fameux actuels ne met en scène qu’un aspect réducteur de l’expression dans « la danse orientale » : le côté séduction et le côté transgressif, comme n’importe quelle danse de cabaret. Je n’ai rien contre cet aspect, ayant été moi-même danseuse de cabaret pendant 5 ans. Lorsque je parle de l’aspect réducteur, j’entends aussi bien, l’image de la femme qui est donné à voir, mais aussi l’aspect mécanique des mouvements que l’on répète, toujours les mêmes, qui n’apportent plus aucune satisfaction, au bout d’un moment.

A moins d’être une bête de scène et de mettre sa présence en avant. J’ai vu des interprètes de ce type, à mes débuts, qui avait une forte personnalité qui se voyait dans leur façon de se mettre en scène. Et là les mouvements étaient secondaires, il se passait réellement quelque chose pendant leur show. Personnellement ce qui m’a fait tenir au cabaret aussi longtemps, c’était la musique, j’ai eu la chance de danser sur la musique de grands interprètes. Mais au bout d’un moment, on se rend compte que même les musiciens répètent toujours les mêmes "improvisations", les mêmes thèmes immuables sans surprise! On arrive à une certaine usure! Ou peut-être est-ce moi, que ma quête ne pouvait se satisfaire de ce « tourner en rond » .A la fin, je n’avais même plus besoin de préparer mes chorégraphies, elles venaient toutes seules, tellement j’avais intégré les structures, même sur de nouvelles musiques.


 


Ce qu'il faut retenir, c'est que du point de vue de l'art, on ne doit pas confondre divertissement et performance artistique. Encore une fois, je ne critique rien, car je pratique les deux. La danse que je pratique dans les soirées évènementielles ou les fêtes familiales me permet de garder le contact avec le vivant de la danse, et même elle nourrit mon acte artistique.

La danse, cette danse en particulier, exige autre chose : de la présence de la créativité, de la part des musiciens comme des danseuses! C’est une expression venue d’orient, et l’orient privilégie l’Être au Paraître…Moins de laboriosité et plus d'état contemplatif...Elle obéit à d'autres codes que les codes du ballet, notion très occidentale... Mais ce sera l’objet peut-être d’un autre article, car là il s’agit de ma démarche chorégraphique, et de "mon goût de danse", somme toute, assez personnel.


 


Tout ce propos pour en venir au fait, qu’il y a une confusion entre savoir faire et notoriété, et un manque de « savoir observer » chez les futures candidates à la formation dans ce domaine.

J'ai été formatrice dans l’association L’Autre Danse, dont j’ai été co-fondatrice, pendant 5 ans auparavant, où j’assurais plus de cents heures d’enseignement, et 2 ans dans la structure Danse Hadra. Au moins un quart des personnes que j'ai formé sont professionnelles maintenant, sur Paris et en Province, et les premières danseuses orientales d'Oslo, en Norvège. La nécessité de former s’est imposée en premier lieu, et ce fut un de nos premiers projets associatifs. J'ai eu ce besoin, après avoir constaté que lorsque des danseuses, parmi mes amies et collègues voulaient monter un spectacle, souvent elles avaient du mal à trouver des danseuses ayant une bonne formation.





Et elles étaient obligées d'auditionner des danseuses contemporaines ou jazz, qui même si elles n'avaient pas la technique de bassin de la DO, qu’elles pouvaient intégrer rapidement, cela donnait un rendu plus "professionnel". Car, les fondamentaux de la danse sont les mêmes pour toutes les danses : axe vertical, horizontal, ancrage, qualités de mouvement et énergie, rapport à l'espace et à l'autre, rythme.

Ensuite, vient la spécificité des mouvements de la danse orientale ; et ce n'est pas le plus difficile à acquérir. Il faut 10 ans pour former un danseur, sans compter que danser est un chemin de toute une vie. Les Diplômes d'Etat en danse contemporaine (minimum 400 heures), permettent d'acquérir de solides connaissances en anatomie, en histoire de la danse, en pratique corporelle, et ceci est sanctionné par un diplôme qui permet d'avoir la possibilité de travailler dans les conservatoires, et d'avoir un vrai métier reconnu, et de prendre en charge tout type de public, notamment les enfants.

La danse orientale est méconnue, et on est loin de cette reconnaissance. C'est la raison pour laquelle, les tentatives de monter de telles formations sont des initiatives individuelles. Et comme, ceci explique cela, il y a de tout, et il est difficile de distinguer les qualités requises pour transmettre des fondations à une reconnaissance de cette discipline. Et c'est ce qui me motive, personnellement. J'aspire à voir de l'expression artistique, de la créativité, car c'est une danse merveilleuse et riche, ou tout un(e) chacun(e) peut apporter sa touche et son univers.



Pour les danseuses, un peu expérimentées qui viennent à mes cours, cela peut-être perturbant, et elles peuvent avoir l'impression de devoir déconstruire tout ce qu'elles savaient déjà, mais après, soyez sans crainte, cela sera décuplé par cette approche globale. Quant à la question des 30 heures d'affilé, car c'est ce que je propose par semaine, cela permet d'intégrer dans la mémoire du corps le contenu du stage principal : à savoir, la pratique corporelle, et aussi de s'habituer à la discipline de la danseuse professionnelle. Si la pratique devait se résumer uniquement à apprendre le tremblement, les huit, et le chameau, cela serait vite fait. La pratique c'est travailler son corps pour qu'il dessine une géométrie dans l'espace et qu'il gagne en densité et qualité de mouvement, et c'est plus du sensoriel que de la mécanique.





Le corps est un instrument sensible, et dans la culture orientale il est esprit, ou corps-esprit. C’est une antinomie d’appréhender cette pratique autrement. Je citerai volontiers Danis Bois qui parle "d'un mouvement jamais isolé de son contexte culturel et humain" et qui dit "un corps peut être analphabète quand il ne sait pas écrire des formes harmonieuses dans l'espace, quand il oublie les ponctuations dans le temps, et quand il ne touche pas la corde sensible de celui qui pratique le mouvement."






Mais les conditions pour être perçues comme des vraies danseuses, sont: une bonne formation corporelle, et des connaissances qui vont avec le domaine concerné, et plus largement, la danse en générale : cela s'appelle de la culture (musicale, chorégraphique, historique etc…)

De plus si on prend en charge le corps des gens, il est indispensable d'avoir de bonnes connaissances en anatomie.

En ce qui concerne le coût d'une formation, il faut savoir que cela coûte cher. Personnellement, j'essaye de faire des prix très serré; il y a un prix institutionnel, et un prix individuel pour permettre à toute personne d'y accéder; et ma formation peut avoir lieu avec un minimum d'élèves, si toutefois, j'arrive à amortir tous les frais de fonctionnement : charges salariales des intervenants (musiciens et professeurs de danse), la location des salles (à Paris, ce n'est pas donné). Et j'avoue que pour le moment on ne fait pas de bénéfices (qui pourraient nous permettre de développer la formation, et avoir plus d'intervenants, par exemple).

Mon travail est accessible aux personnes débutant dans la DO, car, j'enseigne depuis la base à toutes, et mes stages accueillent des personnes de différents niveaux, et cela ne pose aucun problème, au contraire. 150 heures de fondamentaux de la danse, technique de base des mouvements de la danse orientale, de rythme, connaissance du contexte culturel etc.., me semble un minimum, mais ce n'est qu'une base, un début. A charge pour la danseuse de s’autodiscipliner et d’avoir une pratique régulière à partir de ces bases. Il faut aussi se tenir informé des autres techniques artistiques, élargir son horizon (et j'encourage mes élèves à aller se nourrir ailleurs aussi, car c'est comme cela qu'on trouve sa danse). Mais aussi en explorant sa propre intériorité, pour savoir ce que l'on a envie d'exprimer avec cette danse. Pour terminer, je dirais que tout dépend des objectifs que l'on se fixe, car comme le disait un maître indien :"la danse a trois fonctions : instruire les illettrés, éclairer les lettrés, divertir les éclairés". Et vive la danse ! 


Saâdia Souyah

Bibliographie 

1/ Blandine Calais Germain, Anatomie pour le mouvement, tome 1, Broché, 2005

2/ Blandine Calais Germain, Le périnée féminin" de Blandine Calais-Germain Ed. Désiris

3/ Djamila Henni- Chebra, Les Danses dans le monde arabe, oul’héritage des almées ; HARMATAN

4/ Viviane Lièvre,Danses du Maghreb, d’une rive à l’autre ; KHARTALA, Paris 1987

5/ Virginie Recolin, Introduction à la danse orientale, pratique du mouvement spiral Ed. L’harmattan

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