Interview d'Aïda, danseuse et professeur de danse orientale au Studio les Almées d'Arras
" Curieuse et consciente de la richesse des traditions, Aïda inaugure en 2006 un studio de danses et cultures du monde : "Les Almées", du nom de ces femmes arabes cultivées qui ont pratiqué, entre autres formes d'art, cette même danse orientale, plusieurs siècles auparavant."
Découvrez en parcourant cet article le parcours de cette danseuse magnifique.
Amélie B : Peux-tu tout d’abord te présenter et nous présenter ton association de danse orientale ?
Aïda : J'aurais 30 ans cet été. J'ai des origines arabes par mon père qui est Palestinien et ma mère arrageoise était prof d'espagnol et passionnée d'Egypte, d'Inde et d'Amérique latine… J'ai pratiqué la danse classique pendant 10 ans et je me suis toujours intéressée aux diversités des cultures de par le monde.
J'ai vraiment commencé la danse orientale il y a 7 ans, après la naissance de ma fille… Ses bienfaits ont été si importants pour moi, tant au niveau physique que moral, que je n'ai plus arrêté !!! J'ai commencé à enseigner il y a 3 ans car je voulais partager cette passion et essayer d'apporter autour de moi ce que la danse orientale m'avait apporté de bien-être, de détente, de confiance en moi…
J'ai fondé en Septembre dernier (2006) un studio de danses et cultures du monde, "Les Almées", à Arras où je fais également intervenir des professeurs de danses indienne, espagnole, brésilienne, salsa, hip-hop, capoeira. Cela crée des rencontres artistiques superbes que j'espère pouvoir montrer sur scène l'an prochain.
A noter : très belles vidéos à voir sur le site des Almées.
Amélie B : As-tu crée ta propre troupe de danse ? Si oui, peux-tu nous la présenter ?
Aïda : Malheureusement non, mais c'est un projet qui me tient à cœur. La danse orientale se prête magnifiquement au travail soliste mais j'aspire aussi à pouvoir jouer d'effets de groupe…
Amélie B : Tu as pratiqué pendant dix ans la danse classique, si tu compares cette pratique avec la danse orientale, qu’est-ce que la danse orientale a de plus et de moins que la danse classique ?
Aïda : En fait, la danse classique est idéale pour apprendre à travailler son corps. Elle cultive le goût de l'effort, de la recherche de la perfection du placement et du geste. Par contre, elle ne suit pas les mouvements naturels du corps. En classique, on est toujours en ouverture, on force les écarts, on contrarie le corps…
La danse orientale suit les courbes naturelles du corps, on travaille toujours en douceur, sans risque de se blesser. La danse orientale laisse aussi une grande part à l'expression. Le jeu scénique est un peu théâtralisé, la danseuse doit transmettre ses émotions et, en ce sens, la danse en improvisation est une part important dans la pratique de cette danse. La langue arabe a même un mot en pour çà : lorsqu'une danseuse dégage une émotion intense quand elle danse, on dit qu'elle a le Tarab, le "feu sacré" en quelque sorte !
Amélie B : Penses-tu qu’un jour la danse orientale sera autant représentée si ce n’est plus que la danse classique ?
Aïda : Plus, je ne crois pas, et je ne pense d'ailleurs pas qu'il faille les mettre en concurrence. Je souhaite juste que la danse orientale soit reconnue à sa juste valeur, comme un art riche, car il l'est dans sa variété de styles et de mouvements, et raffiné car bien dansée elle est d'une élégance extrême et à cent lieux des clichés véhiculés à la télé.
Amélie B : Qu’elles sont les plus belles paroles ou les plus beaux compliments que tu ais pu entendre concernant l’art de la danse orientale ?
Aïda : J'ai entendu une multitude de compliments sur cette danse, sa beauté, son élégance, son raffinement, sa richesse, sa féminité… Mais le plus beau compliment est dans le regard même des gens, cette petite étincelle de bonheur, la joie d'être emporté par la danseuse à vibrer avec elle au son de la musique, celle de faire partie de la danse de l'univers…
Amélie B : Tu as bien voulu contribuer à ce dossier sur la danse orientale, à condition d’avoir un droit de regard sur le contenu des articles en raison de nombreuses erreurs, que tu as pu déjà lire dans des articles similaires. Quelles sont ces erreurs ? Comment as-tu réagi lorsque tu les as lues ?
Aïda : En fait, je suis tout le temps confrontée aux clichés sur la danse orientale, ceux de la danseuse vulgaire, aguicheuse, qui se contente de remuer les fesses dans son bikini à paillettes et qui colle ses seins sous le nez des hommes…
C'est malheureusement le raccourci qu'on trouve généralement à la télé, dans les films, et parfois dans certains restaurants peu regardants sur la compétence des danseuses qu'ils embauchent… alors que la danse orientale est d'une danse d'une grande richesse chorégraphique, pleine de grâce, de prestance, d'expression… c'est une danse de culte à l'origine, elle représente la fécondité, les cycles de la nature, le mouvement de l'univers.
Forcément, quand un article me présente comme "une danseuse lascive" ou qu'une présentatrice de spectacle m'annonce en enjoignant les femmes de cacher les yeux de leurs maris ou de les retenir… ça me fait bondir! J'ai parfois lu aussi des articles qui résumaient tellement mes propos que l'idée en était perdue, sans compter quelques erreurs, mais ces problèmes relèvent simplement de défauts dans la communication.
Amélie B : Quelles sont qualités et les défauts (s’il y en a) principaux d’une danseuse orientale ?
Aïda : Le qualité essentielle est l'humilité… Elle permet de toujours danser avec le cœur… Rien de pire qu'une danseuse qui a les chevilles qui enflent !!! La technique n'est pas une fin en soi, elle se travaille, évolue toujours, mais l'âme qu'on met dans sa danse est une chose particulière qui émane du cœur de la danseuse, elle doit savoir donner, juste donner…
Amélie B : Si tu devais faire un avant/après de tes élèves. Qu’ont-elles de changé après un an de cours de danse orientale ?
Aïda : La danse orientale a des vertus "magiques", elle commence à être utilisée en danse thérapie et effectivement, il se passe plein de chose lors des cours…
Je vois souvent des femmes arriver en début d'année avec le corps raide, les épaules crispées par le stress, fermées sur elles même, elles ne parlent pas entre elles et, au fur et à mesure des séances, le corps se relâche, se détend, les visages s'illuminent, les rigolades éclatent, les jeunes et les moins jeunes échangent leurs impressions… Parfois les larmes coulent parce qu'on remue beaucoup de choses sur le rapport au corps mais aussi à son histoire familial mais c'est toujours une libération. Le corps peut parfois exprimer ce que les mots ont trop de difficulté à nommer.
Je me souviens d'une fille qui venait à mes cours, elle ne parlait jamais à personne, pas même un bonjour, elle avait le visage fermé, les épaules lourdes, elle se plaçait toujours face au miroir, très près de moi, au point parfois de me gêner… elle s'est révélée parmi les plus assidues tout et a fini l'année avec un sourire rayonnant, le corps redressé et détendu, pleine de joie de danser… au dernier cours de l'année, elle est restée pour discuter avec moi mais aussi avec les autres filles du groupe et elle a continué l'année suivante forte de cette ouverture du cœur, dynamique, souriante, chaleureuse… C'est magnifique !
D'une manière générale, les femmes qui ont suivi les cours de danse orientale sont mieux dans leur peau. La danse amène a un travail sur l'image de soi, pas seulement physiquement… Elles s'affirment plus, assument leur féminité, tout le corps respire, le visage s'ouvre…
Amélie B : Accueillerais-tu des danseurs (un public masculin) dans ta troupe de danse, ou dans tes cours ? Pourquoi ?
Aïda : J'aimerai beaucoup !!! Malheureusement les hommes qui osent danser sont rares et encore plus lorsqu'il s'agit de danse orientale… Elle est trop associée à une image de féminité pour eux. Pourtant j'ai pu voir des danses d'hommes splendides, très masculine… Pour comparer, on retrouve un peu la prestance des danseurs de flamenco, j'adore…
Pour en savoir plus, visitez le site des Almées et le site d'Aïda.
Interview réalisée en juin 2006 par Amélie B.



