Les Mille et Une Notes
« Je suis l’essence de la vie, un souffle, un tourbillon incessant venu du berceau du Nil ...
« Je suis l’essence de la vie, un souffle, un tourbillon incessant venu du berceau du Nil ... Arrivé sur les berges d’une grande ville, des lavandières m’ont entendu. Elles m’ont reproduit avec leur voix, ça les a rendues heureuses. Leur travail terminé, elles sont passées près de musiciennes d’une Grande Dame, qui répétaient par là et qui ont retenu leurs chants. Elles m’ont reconstitué aisément, et c’est la jeune danseuse Hathoriti qui la première s’est essayée sur moi : je me suis senti très bien en elle. La danseuse est devenue rapidement célèbre et on l’a nommée Ânkhti, celle qui est vivante, parce qu’aucune autre danseuse n’a su aussi bien m’exprimer. Ânkhti a voulu que je sois transcris sur un document afin que je la suive dans le Royaume des Morts, et a tenu à ce qu’après elle personne ne prenne le risque de mal m’interpréter.»« Votre traduction est remarquable, Catherine » dit Monsieur le Conservateur à l’égyptologue à qui il avait confié la traduction des papyrus trouvés sur la momie de cette danseuse étonnante, enterrée seule dans une tombe intacte récemment découverte, d’une richesse incroyable digne d’une souveraine.
« Et pour l’autre document ?
- Monsieur, ces signes m’étant inconnus, j’ai pensé faire appel à un musicologue. Il a trouvé un système nouveau et il est en train de le déchiffrer.
- Allons donc voir ça !
- Monsieur, je continue à penser que … je pratique depuis longtemps la danse orientale qui a des origines en Egypte Ancienne et …
- Ah non, vous n’allez pas recommencer avec vos superstitions d’égyptologue ! Vous dansiez, j’en suis fort aise ! Eh bien traduisez maintenant ! (Monsieur le Conservateur, qui ne manquait jamais un trait d’esprit, rit de sa propre trouvaille prouvant sa connaissance des Fables de La Fontaine) Que croyez-vous produire ? Un son qui tue ? Vous êtes une scientifique, Catherine ! »
Arrivés sur les lieux, c’est un musicologue transporté de joie qui accueillit une égyptologue inquiète et un conservateur impatient : « C’est extraordinaire ! Cette musique est une évidence, un … bon, assez de bla bla, je vous fais écouter ça. » Les trois personnes se rendirent dans le studio-labo et bientôt ils purent enfin l’entendre. Catherine s’éloigna un peu des hommes afin d’avoir plus de place : elle sentit le besoin d’effectuer quelques vagues avec les bras, quelques huit avec les hanches. Ces messieurs, attirés par les mouvements de l’égyptologue, se retournèrent. Catherine croisa leur regard et sut qu’il fallait qu’elle s’appelle à présent Ânkhti II.
Par Cendrinox



