Interview de Serena Ramzy
Serena a été remarquée en 1996 par Hossam Ramzy, qui l’invita à rejoindre sa troupe de danseuses et qui lui permit de participer à ses spectacles. Il ne fallut que quelques mois pour que Serena devienne la partenaire de Hossam dans la vie comme sur scène. Ils se sont mariés en 1997. Les années qui suivirent furent riches d’enseignement pour Serena.
Elle a appris au contact de Hossam toutes les finesses de la danse et de la musique orientales, partageant son temps entre l’Egypte et le Royaume Unis. Cette expérience lui permit de connaître de la culture égyptienne ce qui ne peut être enseigné par un étranger. Ce sont ces enseignements et ces expériences qui font de Serena Ramzy ce qu’elle est aujourd’hui.

Amulva : Comment avez- vous commencé la danse orientale ?
Serena Ramzy: Je suis née et j’ai grandi à Sao Paulo au Brésil, une grande métropole cosmopolite qui est un mélange de nombreuses cultures et nationalités. L’une d’entre elles est la communauté du Moyen-Orient par laquelle ma sœur Karim fut attirée et dans laquelle elle devint une danseuse professionnelle. La regarder lorsque j’étais enfant, l’accompagner lors de ses spectacles, et rencontrer cette atmosphère particulière tout en m’en imprégnant m’a rendue amoureuse de la musique, de la danse et du mode de vie de cette région.
La première fois que je suis devenue vraiment consciente d’aimer profondément la danse fut lorsque je me suis retrouvée en train de danser sur un morceau de musique alors que j’avais cinq ans. J’ai toujours adoré danser et la danse a toujours été une source de joie pour moi dans mon enfance, que ce soit en dansant ou en regardant les autres danser.
J’ai continué la danse comme un hobby jusqu’à l’âge de quinze ans, lorsque j’ai pris en conscience la décision d’en faire mon métier, d’être une danseuse professionnelle. J’ai commencé depuis mes débuts de danseuse professionnelle dans les plus prestigieux dance club égyptiens et orientaux de tout Sao Paulo, sinon de tout le Brésil… « The Khan El Khalili Casa De Cha ».
Amulya : Qu’est-ce qui vous a conduit à la danse orientale en particulier ?
Serena Ramzy : Ce n’est pas seulement la danse qui m’a guidée, ce fut toute la culture égyptienne et moyen-orientale qui m’a attirée comme un aimant. La langue, le style des femmes et les divers styles de musique du Monde Arabe, depuis l’Est jusqu’à l’Ouest de ce monde. Sans oublier la cuisine orientale, bien sûr.
La danse égyptienne en tant qu’art fut le seul moyen par lequel je pensais que je pourrais m’exprimer pleinement. C’est une célébration du fait d’être une femme et aussi une célébration de la vie, et les Egyptiens comme les Orientaux dansent quand ils ressentent de la la joie à un haut degré et c’est ce que j’aime le plus. Au Brésil, nous somme une nation de joie et de célébration et nous cherchons toujours un bon prétexte pour faire la fête et cela nous le partageons avec les Orientaux.
Mais si vous vouliez parler de ce qui m’a guidé techniquement, alors je vais vous le dire…Danser dans quelque style que ce soit inspire esthétiquement. Toutefois, la danse égyptienne aux yeux des Egyptiens concerne une chose et une seule… la traduction de la musique. C’est ce que j’adore faire.
Amulya : Qui furent vos professeurs ?
Serena Ramzy : Vous savez… j’ai appris de tout le monde, de toutes les danseuses, de toutes les femmes égyptiennes, libanaises, syriennes, palestiniennes, saoudiennes, marocaines ou brésiliennes que j’ai vues danser dans ce style. Même de celles dont je n’ai pas beaucoup aimé la danse, j’ai encore appris quelque chose d’elles : comment danser !
J’ai aussi appris en regardant les vidéos des grandes danseuses égyptiennes. J’essayais de copier leurs pas et puis je répétais et j’analysais et j’étudiais leur concept personnel d’expression musicale. Cela a été une formation très difficile à suivre, comme si vous étiez toute seule dans une classe avec un professeur qui ne vous enseigne pas. Naima Akef, Taheya Karioka, Samya Gamal, Soheir Zaki, Mona El Saied, Fifi Abdu, Azza Shrief and Hanan. Je les adore toutes. Ce sont elles les danseuses dont je parlais.
Puis, j’ai assisté à mon tout premier stage de danse d’un homme que je connaissais seulement de nom et dont j’avais écouté la musique. Hossam Ramzy. Ce stage se révéla être la plus grande révélation pour moi, une danseuse. Il m’instruit sur ce que la danse était vraiment : la vraie traduction de la musique. Non seulement ça, mais il nous a enseigné et nous a donné un outil unique avec lequel nous pouvions faire cela facilement. Cela m’a aidé à trouver la base centrale de ce que je recherchais dans la danse et a permis d’ordonner rigoureusement tout ce que je savais de la danse. C’est devenu ma connaissance propre plutôt que seulement quelque chose que j’étudiais.
Amulya : Comment décririez-vous votre style de danse ?
Serena Ramzy : Oh, je ne sais pas… Je n’ai jamais réfléchi à ça. Je suis seulement concernée par ma capacité à traduire la musique et pour faire ça, je dois réellement comprendre la musique sur laquelle je danse. Il n’y a pas de jour qui passe sans que je n’écoute et apprécie ma musique, sans que je ne la décompose en mesures et en parties que je puisse l’une après l’autre transformer en mouvements tridimensionnels qui dépeignent pleinement le son. C’est vers ceci que je tente d’aller quand je danse. Il ne s’agit pas de la façon dont je parais. Il s’agit de ce que la musique paraît quand je danse sur elle.
Amulya : Quelle est votre plus grande source d’inspiration ?
Serena Ramzy : La musique est ma plus grande source d’inspiration. La musique est ce qui me fait bouger et c’est elle qui fait que je veux danser. J’adore la musique qui est composée avec la danseuse pour finalité. Mais si nous parlons des danseuses, alors c’est Naima Akef. Si vous m’interrogez à propos des compositeurs, alors ma réponse est mon mari Hossam, si vous me questionnez sur la vie en général, alors c’est ma famille, Hossam et notre fils Amir-Sultan.
Amulya : Enseignez-vous ? Si oui, que préférez-vous dans l’enseignement ?
Serena Ramzy : Oui, j’enseigne dans mon propre studio de danse sous la forme de cours particuliers et je donne aussi des stages avec Hossam, nationalement et internationalement. Ensemble, nous avons voyagé sur les cinq continents aux moins trois fois, en enseignant, en donnant des conférences et en nous produisant en spectacles.
J’adore enseigner. Je veux que les autres soient en mesure de comprendre la musique de cet art qui les passionne et je veux qu’elles soient capables de mettre en pratique cette connaissance. Enseigner me donne de la satisfaction à de nombreux niveaux. J’adore voir mes élèves saisir le concept de la traduction musicale, de la construction rythmique et créer leur propre manière de dépeindre une composition. C’est comme voir et entendre le même morceau de musique pour la première fois, encore et encore dans une couleur nouvelle et passionnante.
Amulya : Quand vous vous produisez en spectacle qu’aimez vous « dire » au public avec votre danse ?
Serena Ramzy : Rien. Je suis si heureuse d’être là, de danser sur la musique pour eux, Je suis heureuse et honorée de partager la scène avec l’orchestre d’Hossam. Je ne peux pas croire que j’ai cette chance. Les gens sont là pour me voir danser, j’adore.
Amulya : Utilisez-vous des accessoires lorsque vous dansez ? Quels sont vos préférés ?
Serena Ramzy : Hmmm… Oui et non. Je le fait parfois. Je danse avec une canne ou avec un voile ou j’utilise des sagattes quelquefois… Cela dépend de la composition et cela dépend de ce que je veux représenter.
Amulya : Préférez-vous chorégraphier votre danse ou préférez-vous l’improvisation ?
Serena Ramzy : Je chorégraphie et je ne chorégraphie pas, j’improvise et je n’improvise pas. Cela dépend de la musique et de la situation, si je danse sur de la musique enregistrée ou sur celle d’un orchestre live. Avec la musique enregistrée, vous savez exactement ce qui vient et cela rend votre travail certain, vous traduisez la musique à 100%. Si c’est avec un orchestre live, alors la magie est là dans toute sa puissance. J’écoute la musique que l’orchestre de Hossam joue et j’improvise tout au long de leurs solos à 100%, 100% du temps.
Amulya : Vous produisez-vous en spectacle ensemble vous et votre mari ? Si oui, pourriez-vous nous en dire un peu sur ces spectacles ?
Serena Ramzy : Oui, je le fais régulièrement. En fait, je me produis en concert uniquement avec Hossam, seulement nous deux ou avec l’orchestre. Quand nous allons dans n’importe quelle ville pour enseigner dans un stage, on veut toujours que nous donnions un concert et même si certaines villes n’ont pas les moyens pour avoir l’orchestre entier, nous aimons jouer pour eux, nous faisons un show de 45-50 minutes.
Je danse sur la musique enregistrée de Hossam. Hossam fait aussi des présentations variées au moyen de divers instruments égyptiens de percussion pour lesquelles il est un maître. Nous adorons aussi faire un ou deux duo improvisés de percussion et de danse que nous créons sur le moment chaque fois.
C’est la seconde moitié du spectacle, pour la première partie nous aimons inviter nos hôtes pour qu’ils présentent leur travail sur la musique d’Hossam et aussi pour qu’ils présentent leurs élèves ou leurs troupes les plus prometteuses dans la première moitié du show.
Dans l’orchestre de Hossam, nous avons quelques uns des musiciens les plus célèbres d’Egypte, tels que Monsieur Emil Bassili, un violoniste unique qui vient de l’orchestre d’Om Kolthoum, la plus adulée des chanteuses d’Egypte et du Monde Arabe. Nous avons aussi Monsieur Wadie Nossier, un fantastique joueur de nay qui participa aux enregistrements de Abdul Halim et à beaucoup des orchestres live de Farid Al Atrash et de Mohamed Abdel Wahab. Aussi Monsieur El Gamal El Soghayyar, aux claviers, un grand compositeur de music de danse et quelqu’un qui a travaillé et composé pour Shushu Amin, Hala El Safi and Gigi Omar. A l’accordéon, nous avons El Sheikh Taha, le légendaire joueur de Baladi qui a composé plusieurs morceaux pour Ahmed Adaweya. Il faut y ajouter une parfaite section de percussion avec Monsieur Josef Eskander, le fameux percussionniste du CD de Hossam, et Hassam Reeves de l’ancien orchestre de Nagwa Fouad. Et la cerise sur le gateau… Hossam lui-même. Que puis-je vouloir de plus ?
Amulya : Quel est d’après vous l’aspect le plus épanouissant de la danse orientale ?
Serena Ramzy : Ma plus grande joie, c’est quand quelqu’un dans le public ou dans mon orchestre me complimente et dit que j’ai parfaitement traduit la musique cette nuit. Je me sens comme si je marchais sur des nuages. La capacité de donner à la musique une forme physique que les gens puissent voir est un plaisir que je ne peux pas décrire.
Amulya : Avez-vous une autre carrière ou vous consacrez-vous à 100% à la danse orientale ?
Serena Ramzy : Oui, en effet. Je suis l’un des dirigeants de notre société, Ramzy Music International Ltd. Je suis responsable pour beaucoup de la créativité artistique, aussi bien que de l’organisation financière et que de la direction de projets et de quelque unes des campagnes de promotion. C’est un autre plein temps de ma carrière, sans parler de nos enfants, notre fils Amir-Sultan, son éducation et ses loisirs, et la fille de Hossam, Omayma.
Amulya : Si vous pouviez éduquer le grand public à la danse orientale, qu’aimeriez vous lui apprendre au sujet de cette danse ?
Serena Ramzy : Ce n’est pas le public que j’ai besoin d’éduquer. Ce sont les danseuses que j’ai besoin d’éduquer à l’interprétation de la musique et à dépeindre la musique. Le public acceptera, aimera, détestera, respectera ou non ce que la danseuse met devant lui. Mon public est un mélange intelligent de gens divers qui ont différents modes de vie, et qui espèrent être divertis et qu’on leur montre des mouvements en harmonie avec la musique. Si je fais ça… alors je les divertis. C’est mon travail. Sur la scène, je divertis, je ne suis pas un professeur.
Amulya : Que voyez-vous comme tendance pour l’avenir de cette danse ?
Serena Ramzy : A en juger par la manière dont elle s’est développée dans les dernières décennies… Je n’ai pas d’idée sur ce qu’on en fera plus tard.
Amulya : Avez-vous un projet passionnant pour l’avenir dont vous aimeriez nous parler ?
Serena Ramzy : Oui, beaucoup… Hossam et moi sommes en pleine préparation d’une grande tournée cette année. Nous allons en tournée en Europe, au Royaume Uni, en Asie du Sud-Est, en Australie, en Nouvelle Zélande et dans quelques pays d’Amérique du Sud. Nous préparons aussi les storyboards de deux DVD que nous produisons et Hossam a deux CD qu’il va finir très bientôt.
Notre plus grand projet, toutefois, est notre « Villa Ramzy School of Rhythm & Dance » en Egypt. Ce sera une école en résidence où les danseuses pourront venir et apprendre avec nous quatre fois par an et où nous enseignerons dans tous les cours avec notre orchestre live. Baladi, Saïdi, Classique, percussion et les nomades bédouins. Il y aura beaucoup d’information lorsque l’école sera terminée, peut-être serez-vous en mesure d’y aller et d’écrire à son propos. (…)
Interview réalisée en Anglais par Amulya
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